Il y a 120 ans, la France accomplissait un acte politique d’une audace rare : la séparation des Églises et de l’État. La loi du 9 décembre 1905 ne fut pas un compromis mou, encore moins une mesure administrative. Elle fut un combat — un combat long, âpre, souvent violent — porté par des hommes qui avaient compris que la liberté ne se partage pas, qu’elle ne s’accorde pas à moitié, qu’elle se garantit pleinement ou qu’elle s’abandonne.
À l’époque, la France était encore très catholique. Affirmer que l’État devait être neutre, que la République n’avait pas à reconnaître, salarier ou subventionner aucun culte relevait de la provocation. Les fondateurs de la laïcité ont affronté des résistances considérables : pressions politiques, attaques médiatiques, menaces, divisions internes même au sein du camp républicain.
Il faut saluer leur courage. Celui d’Aristide Briand, rapporteur de la loi, qui fit preuve d’une intelligence politique exceptionnelle ; celui de Jean Jaurès, qui comprit que la laïcité n’était pas une arme contre les croyants mais un instrument d’émancipation pour tous ; celui de Ferdinand Buisson et de tant de militants anonymes de l’école, des communes, des syndicats, qui ont bâti pierre après pierre une République de libertés.
La laïcité n’est pas une guerre contre les religions : elle est la paix civile rendue possible par la liberté de conscience. Elle protège les croyants, les athées, les agnostiques, les indifférents ; elle permet à chacun de vivre sa vérité sans l’imposer à l’autre. Elle est le socle sur lequel repose notre pacte républicain.
Mais 120 ans après, la laïcité doit s’approfondir. Non pour changer de sens, mais pour rester vivante.
Aujourd’hui, nous avons besoin de :
- Réaffirmer la laïcité comme liberté : enseigner clairement qu’elle n’est pas un outil de stigmatisation mais une garantie pour tous.
- Former systématiquement les agents publics afin de prévenir les malentendus ou les interprétations erronées.
- Protéger l’espace public des pressions religieuses ou idéologiques : cela signifie faire respecter la neutralité dans tous les services publics, sans faiblesse mais sans agressivité. Une règle claire est mieux acceptée qu’une règle flottante.
- Soutenir les lieux où se fabrique le commun — l’école, les associations, la culture, le sport — car la laïcité n’est pas seulement juridique ; elle est aussi sociale. Une société fracturée rend la laïcité plus fragile.
- Apaiser le débat public : la laïcité n’est ni un drapeau de combat ni un prétexte pour opposer les citoyens. Elle doit redevenir ce qu’elle fut : un principe de concorde.
Une part importante des conflits dans le monde, des violences ou des tensions géopolitiques plonge leurs racines dans des rivalités religieuses ou des instrumentalisations du sacré à des fins politiques. La leçon demeure d’une actualité brûlante : un État qui ne privilégie aucune religion protège toutes les croyances ; un État neutre garantit la liberté de chacun ; un État laïque réduit les risques de conflit entre groupes humains.
