J’ai participé à une soirée-débat passionnante organisée par le FERAM, le 22 mai 2025, avec Alain Le Roy, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix et Ambassadeur de France.
Il a offert une lecture claire et lucide de la crise du multilatéralisme : blocages au Conseil de sécurité, nécessité de réformer sa composition figée dans une représentation du monde de 1945 (alors que des puissances comme l’Allemagne, le Brésil, l’Inde ou le Japon devraient y avoir leur place ainsi que l’Afrique pour deux places), succès et échecs des missions de paix, citant notamment la première mission encore active en Palestine et l’impact dramatique de décisions politiques – comme le retrait de financements des USA au Darfour (2019) ou à Haïti (2020). Il a également évoqué la situation préoccupante en RDC où dans un contexte de violences persistantes à l’est du pays, cette mission incarne à la fois les limites et les espoirs d’un multilatéralisme au service de la paix. Son retrait progressif, alors que les tensions restent vives, soulève de nombreuses interrogations sur la capacité des acteurs nationaux et régionaux à prendre le relais et à maîtriser les frontières.
Le débat a aussi abordé la réponse européenne face au conflit à Gaza et le rôle de la Cour internationale de Justice, seule compétente pour qualifier juridiquement les faits (À ce stade, la C.I.J a évoqué un « risque d’évolution vers un acte génocidaire », sans se prononcer sur une qualification définitive).
Gérer les conflits internationaux reste un exercice d’équilibre, où le droit, la diplomatie et les intérêts géopolitiques s’entrechoquent. Comme le disait si justement Dag Hammarskjöld : « L’ONU n’a pas été créée pour emmener l’humanité au paradis, mais pour lui éviter l’enfer. »
J’ai été touché par la simplicité avec laquelle Alain Le Roy sait expliquer des enjeux complexes. Une parole rare, accessible, portée par l’humanité d’une belle personne.
Pour ma part, j’ai pu servir dans deux missions de maintien de la paix : au Kosovo en 2000 dans le cadre de la remise en place des collectivités locales avec l’UNMIK, puis en République démocratique du Congo (MONUSCO), en tant que responsable de la coordination de l’aide internationale. Ces expériences m’ont marqué et continuent de nourrir mon engagement pour une coopération internationale plus forte, plus juste et plus lucide. Elles m’ont convaincu que, malgré ses limites, le multilatéralisme reste un outil précieux pour éviter le pire.




